Solennité de l’Assomption 2026
Solennité de l’Assomption 2026
Frères et sœurs, vous savez probablement que la solennité de l’Assomption est un dogme récent qui date de 1950. Mais le pape Pie XII ne l’a pas proclamé sur un coup de tête. Il s’est appuyé sur une longue tradition de saints et de théologiens qui avaient réfléchi sur la question de la mort ou de la dormition de Marie et de sa montée au ciel. En lisant ce matin quelques pages du livre « les gloires de Marie » j’ai découvert quelques perles que St Alphonse de Liguori avait récoltées sur la fête de l’Assomption.
Il cite st Bernardin qui s’appuie sur le psaume 131, 8 qui dit ceci : « Lève-toi, Seigneur, viens à ton lieu de repos, Toi et l’arche de ta majesté ! » St Bernardin met ces paroles dans la bouche des anges et va plus loin : « qu’avec vous monte Marie dont vous avez fait un tabernacle de sainteté ». En effet, puisqu’une fois la mission de racheter les hommes était réalisée, la place de Jésus ressuscité et vainqueur de la mort, n’était plus sur terre, mais bien aux cieux. Et il était normal, qu’il y soit avec sa mère dont les anges désiraient eux aussi la présence. Voici ce que st Bernardin met sur leurs lèvres : « Seigneur, qu’avec vous monte Marie, votre très sainte Mère dont vous avez fait par votre conception un tabernacle de sainteté ».
St Bernadin de Sienne pense également qu’afin de rendre plus éclatant le triomphe de sa mère, Jésus descendit lui-même du ciel pour l’accueillir et l’accompagner. C’est ce qui fait dire à saint Pierre Damien que l’Assomption de Marie est plus glorieuse que l’Ascension de Jésus. En effet, quand Jésus est monté aux cieux, les anges vinrent seuls à sa rencontre, alors que lorsque Marie fit son entrée au ciel, elle fut accueillie par son Fils entouré des anges et des saints.
La fête de l’Assomption peut également nous aider à trouver une consolation par rapport aux décès que nous traversons. St Bernard disait à ses contemporains que s’ils étaient comme des enfants aimant leur mère, ils devraient se réjouir du départ de Marie vers le ciel car c’est là qu’elle est couronnée et sa gloire doit être plus importante que notre satisfaction de la conserver à nos côtés. Il en est de même pour nos défunts. Si nous les aimons, nous ne pouvons que leur souhaiter une meilleure place auprès de Dieu que celle qu’ils avaient ici-bas parmi nous.
Mais ces considérations de St Alphonse, qui est docteur de l’Eglise, doivent aussi être mises en perspectives avec une celles d’une autre sainte, elle aussi docteur de l’Eglise. Je pense à ste Thérèse de l’Enfant‑Jésus qui se désolait qu’on transforme la Vierge Marie en une sorte de super reine un peu écrasante.
Dans ses derniers entretiens la petite Thérèse avait dit : « Marie est plus mère que reine ». Même si elle entre dans la gloire du ciel en son corps et son âme glorifiés, cela ne l’éloigne pas de nous. A la suite de Jésus, elle nous ouvre au contraire la voie, elle se fait la première d’entre nous, là où nous serons appelés à les rejoindre.
L’Assomption est le rappel que notre corps est aussi fait pour le ciel. Notre corps qui a été celui d’un embryon, d’un fœtus, d’un bébé, d’un enfant, d’un adolescent, d’un adulte trouvera pleinement son repos au jour de la résurrection. Marie nous montre cette voie, car son corps est désormais totalement habité par la gloire et la présence du Seigneur et ne peut plus se corrompre ni être le lieu de la souffrance.
En quoi Marie devient-elle un modèle à imiter ? Dans le fait qu’elle a porté Dieu en elle ! Dans la 1ère lecture, il est question de l’Arche d’Alliance qui apparut dans le Sanctuaire de Dieu, au moment où le ciel s’ouvrit. St Jean nous décrit un grand signe apparaissant dans le ciel : « une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles ». En lien avec ce verset, très tôt, les Pères de l’Église ont comparé Marie et l’Arche d’Alliance. Dans l’Ancien Testament, cette arche était le lieu de la présence de Dieu. De la même manière, que cette arche est montée à Jérusalem sous le règne du roi David, ainsi Marie est montée au ciel.
Nous aussi, à la suite de Marie, nous sommes appelés à prendre conscience que nous sommes comme des arches d’Alliance où la divinité habite non seulement par notre baptême, mais aussi lorsque nous communions en recevant Jésus, vrai Dieu et vrai homme, réellement présent dans l’Hostie consacrée. Ce n’est donc pas seulement notre âme qui est concernée par notre vie spirituelle, mais aussi notre corps. Et saint Paul le dit lorsqu’il nous rappelle que nos corps sont les temples de l’Esprit‑Saint.
Cette nouvelle compréhension nous interdit par exemple de le détester, de le maltraiter, de le traiter comme un objet, comme si ce que nous faisions avec notre corps n’impactait pas notre personne tout entière. Que Marie nous guide sur ce chemin de la découverte de ce que nous sommes, à notre mesure, et comme elle, des arches d’Alliance, lieux de la présence du Seigneur. Que nous puissions nous honorer nous‑mêmes et nous mieux nous honorer les uns les autres avec ce regard de foi. Amen.