Homélie du 21 ° dimanche du TO A (Mt 16, 13-20)
Pour bien comprendre la portée des paroles que Pierre prononce, je vous propose trois points. Le 1er concerne la ville de Césarée de Philippe où se situe la scène. Les archéologues y ont mis à jour les ruines de 4 temples païens et la ville était dominée par un immense rocher sculpté de niches contenant les statues de ces divinités (à retenir par rapport à « Pierre, tu es Pierre et sur cette pierre » (sur ce rocher, ce caillou) je bâtirai mon Eglise :
• Un 1er était consacré à Zeus. Or, pour nous, c’est Jésus qui est le vrai Seigneur, le Dieu de l’univers,
• Un 2e était consacré à Pan, le faux dieu obscène des bergers, alors que pour nous Jésus est LE Bon pasteur sans défaut et sans péché.
• Un 3e Temple en ruine était consacré à Némésis, la déesse de la vengeance, en opposition complète à Jésus dont la miséricorde se manifestera jusque sur la croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font »
• Un 4e temple était dédié à César Auguste qui représentait la divinisation du pouvoir politique. Nous, en tant que chrétien, nous reconnaissons que le Christ, le Roi de l’univers, est à l’origine de tout pouvoir.
Ce n’est donc pas à Jérusalem devant le Temple, mais dans ce milieu païen que Jésus interroge ses disciples sur ce que la foule, puis eux, pensent de Lui. C’est comme si aujourd’hui, Jésus nous interrogeait dans un lieu qui se côtoient Disney Land, un stand de Charlie Hebdo, une salle de musculation renommée et une boite de nuit, et qu’Il nous demanderait : « Pour eux qui suis-je ? Et pour toi, qui suis-je ? ». Sous-entendu : « Quelle influence ai-je sur ta vie quotidienne ? Quels changements ma présence apporte-t-elle dans tes choix ?
Le 2e point est lié au jour où Pierre a professé sa foi : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». En regardant la chronologie de St Matthieu, les biblistes sont tous d’accord pour dire que c’est le jour du Grand Pardon, le Yom Kippour que Pierre a proclamé la véritable identité de Jésus. Or, c’est précisément le jour où le Grand Prêtre, revêtu des ornements sacrés, entrait dans la partie la plus sainte du Temple et prononçait le Nom de Dieu.
St Matthieu nous montre que dorénavant, Pierre, pour nous les chrétiens est le nouveau Grand Prêtre, car à Césarée de Philippe, il est le 1er à professer le véritable nom de Jésus. Ce jour-là, Pierre reçoit le prénom de Képhas. Curieusement, le Grand-Prêtre de l’époque s’appelait lui-aussi à ce moment-là Caïphe ou Képhas (mêmes consonnes). A Chartres, le portail Nord de la cathédrale représente l’apôtre Pierre portant l’éphod (vêtement liturgique du Grand Prêtre de la 1ère alliance).
Jésus confirme la justesse des propos de Pierre : « Ce n’est pas la chair et sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père » et Il lui donne le pouvoir des clés. C’est mon 3e point. Dans la 1ère lecture, à Jérusalem, vers 700 av. J.C. un homme, Shebna, a été démis de ses fonctions de gouverneur du palais car il fut pour le roi un mauvais conseiller politique et sur le plan personnel, il se préoccupa d’abord de se faire tailler un tombeau somptueux dans le roc et de se doter de chars magnifiques. L’entrée en fonction prévoyait un rituel d’intronisation avec la remise d’une tunique, d’une écharpe ainsi que des clés du palais royal, accompagnée d’une formule rituelle : « Je mets sur son épaule la clef de la maison de David : s’il ouvre, personne ne fermera, s’il ferme, personne n’ouvrira. » (Is 22, 22). Il recevait ainsi les pleins pouvoirs sur les entrées au palais : c’est ce que nous appelons le « pouvoir des clés ». C’était donc un symbole d’autorité et d’une grande marque de confiance de la part du roi.
Lorsque Jésus dit à Pierre : « Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux », Il fait de lui l’Intendant de l’Eglise. Chez les rabbins, « Lier et délier » signifiait : interdire ou permettre. Dans l’Evangile, cela va jusqu’à absoudre ou condamner, accueillir ou exclure. Dans la statuaire ou l’iconographie, Pierre est toujours représenté avec deux clefs. Pierre n’a pas seulement ouvert les portes de la grâce aux Juifs (à Jérusalem le jour de la Pentecôte Actes 2), aux Samaritains (mi-Juifs, mi-païens Actes 8) puis aux païens (chez l’officier romain Corneille Actes 10). Il est aussi celui qui fait le Pont entre nous et Dieu. C’est pour cette raison qu’un des titres donnés au Pape est « souverain Pontife ».
Dans quelques semaines le successeur de Pierre, le pape Léon XIV viendra visiter la France. Ne laissons passer cette grâce. La venue d’un pape n’est pas la visite d’un chef d’état parmi d’autres. C’est le successeur de Pierre qui vient visiter ses frères et son seul but, sa seule mission est de nous ramener au Christ. Pierre n’est pas le sauveur, mais il montre le Sauveur. Il n’est pas la lumière, il LA désigne. Peut-être que comme st Jean-Paul II en 1980, Léon XIV nous demandera ce que nous avons faits des promesses de notre baptême. Peut-être qu’au nom de Jésus, il nous demandera au nom de Jésus : « France, pour toi, qui suis-je ? ». Il ne s’agira pas de répondre au nom de la société, mais en notre nom propre.