16e dimanche du TO – A
Homélie du 16e dimanche du TO année A
La semaine dernière nous entendions la parabole de la semence avec les différents terrains : le chemin, les cailloux, les ronces, les terres polluées spirituellement et la bonne terre. Cette semaine, la parabole qui suit nous parle de l’action de personnes mauvaises qui sabotent une récolte en y semant de l’ivraie. Cette plante ressemble tellement au blé qu’il est très difficile au début de les distinguer l’une de l’autre. Ce n’est qu’une fois mûre qu’on reconnaît l’ivraie qui se différencie par son épi plus maigre et son fruit plus petit. L’ivraie est non seulement stérile, mais elle est nuisible pour l’homme. Mélangée à la bonne farine, elle contamine le pain. En Orient, quand on voulait se venger de qq1, on semait de l’ivraie dans son champ de blé. Une loi romaine l’interdisait explicitement. Les paysans appréhendaient beaucoup la nocivité de l’ivraie, car elle pouvait entraîner la perte de toute une récolte. En grec, l’ivraie se traduit « zizanion », d’où l’expression « semer la zizanie ou la discorde ». Son nom français vient de ce que certaines variétés sont susceptibles d’enivrer.
Dans la parabole de dimanche dernier il était question d’arracher les ronces. Ici, curieusement Jésus nous demande de pas toucher à l’ivraie. Il y a deux paraboles apparemment similaires et pourtant deux traitements différents ! Pour mieux comprendre cette différence, voyons l’interprétation qu’en donne Jésus au v.36 : « L’ivraie : ce sont les fils du Mauvais », ceux qui obéissent au diable, les personnes qui nous imposent une situation de vie. Les ronces ce sont nos attitudes intérieures. Voici quelques exemples :
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L’ivraie |
Les ronces |
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Une personne qui dit du mal sur moi, sans justification |
Les paroles, l’amertume que cela génère en moi, |
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La personne qui m’a quitté |
La tristesse et la colère qui habitent mon cœur. |
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Un dirigeant qui a mal géré une situation |
Dorénavant ma résistance à l’autorité |
Dans bien des cas, je ne peux rien faire vis-à-vis de l’ivraie, par contre, la croissance ou la taille des ronces sont de ma responsabilité. Voici quelques exemples de personnages bibliques qui ont rencontré l’ivraie, les fils du Mauvais, mais qui n’ont pas laissé les ronces s’installer dans leurs cœurs.
Joseph, fils de Jacob. Il a vécu dans une famille dysfonctionnelle, polygame. Ses frères le haïssaient tellement qu’ils l’ont vendu. Une fois esclave en Egypte, une autre forme d’ivraie est apparue avec la femme de son maître Potiphar qui voulut faire de Joseph son amant. Quand on relit la vie de Joseph, on ne trouve pas de ressentiments durables dans son cœur. Il ne cultive ni les ronces de l’amertume ni celles de la vengeance si bien que lorsque ses frères le supplient de leur donner du blé pour nourrir leur famille, Joseph va reconnaître que c’est Dieu qui a permis tout ce qui lui est arrivé.
David : n’a pas une situation familiale très enviable. Ses frères ne l’aiment guère. Après sa victoire sur le géant Goliath, David travaille pour le roi Saül qui est un pervers narcissique, jaloux et prêt à tout quand quelqu’un lui fait de l’ombre. Pendant près de 13 ans, il va David poursuivre de sa haine qui devra fuir continuellement. A deux reprises, il aura l’occasion de supprimer le roi, mais il ne le fait pas. Il refuse de laisser la vengeance le dominer. Il s’occupe des ronces de son cœur et laisse à Dieu le soin de s’occuper de l’ivraie qu’est Saül. Nous aussi ayons à l’esprit le verset du livre des Proverbes 4, 23 « Par-dessus tout, veille sur ton cœur, c’est de lui que jaillit la vie ».
Que faire alors ? Dans certains villages, il y existe des panneaux : « voisins vigilants ». Sur le même principe, la Bible nous invite à être un : « jardinier vigilant ». En effet, bien des personnages bibliques ont été des jardiniers négligents.
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Judas, le plus connu de tous, a pourtant passé trois années avec Jésus. Il a prié avec lui, a entendu les plus belles prédications, il a été témoin des plus grands miracles et a même distribué à la foule les pains et les poissons multipliés. Il a vu des gens se convertir et d’autres être délivrés de plusieurs démons. Pourtant, il a mal terminé car il n’a pas assez veillé sur son cœur.
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Dans ses épîtres, l’apôtre Paul nous parle de plusieurs de ses collaborateurs. Certains lui ont été d’une fidélité à toutes épreuves, d’autres comme Hyménée et Alexandre le forgeron « ont connu le naufrage de leur foi » (1 Tim 1, 18), quant à Démas, il a abandonné Paul « par amour pour le siècle présent ». Le diable a réussi à les détourner de l’appel de Dieu car ils n’avaient pas suffisamment jardiné et arraché les ronces qui y avaient poussé dans leur cœur.
Pourquoi faut-il que nous nous chargions de nos ronces en laissant l’ivraie à Dieu ? Dieu a le contrôle de l’ivraie : il a gardé le contrôle des frères de Joseph, de Mme Potiphare et du roi Saül. L’ivraie n’a empêché ni Joseph, ni David, d’attendre leurs destinées. Par contre quand les ronces de la jalousie ont envahi Saül, et celles de la sensualité le cœur de David, là de graves désordres se sont produits. L’ivraie ne pourra jamais nous arrêter, les ronces oui ! La clé pour un cœur fertile, c’est un peu de jardinage … tous les jours. Veillons à ne pas nous endormir, à ne pas tomber dans la routine ou la paresse spirituelle. N’empruntons pas au monde ses mauvais principes. Evitons de ne penser uniquement au travail, aux affaires, à notre maison en oubliant qu’un jour, nous aurons des comptes à rendre à Dieu. Occupons-nous de nos ronces et Lui s’occupera de l’ivraie.