Dimanche de la Fête Dieu 07.06.2026
Fête-Dieu à St-Amarin 2026
Pourquoi renouer avec la tradition de la Fête-Dieu ? Est-ce pour figurer dans le palmarès du concours de fleurissement de la ville de St-Amarin ? Non ! Est-ce pour entrer dans le livre des records en comptabilisant le nombre d’heures que nos fleuristes ont passé dans l’église depuis quelques jours ? Non ! Est-ce pour peser au fur et à mesure des années le poids de pétales qui serviront de tapis de fleurs lors de la procession ? Non ! Dans l’évangile de ce dimanche, vous avez entendu l’insistance avec laquelle Jésus répète : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ». Cette affirmation fut si choquante que beaucoup de ses disciples décidèrent alors de le quitter. St Jean affirme même que c’est à ce moment-là qu’une cassure va se produire dans le cœur de Judas (Jn 6, 71).
Pour comprendre l’origine de la Fête-Dieu, je vous propose un peu d’histoire.
La difficulté à croire que Jésus est Présent, vivant et vrai dans l’hostie consacrée a été récurrente dans l’histoire de l’Eglise. Au XIe s. il y avait en France un théologien prénommé Béranger de Tours qui sema le doute dans le cœur de beaucoup de catholiques. Il affirma de façon très subtile pendant près de 30 ans que l’hostie consacrée n’est que le symbole de la présence de Jésus parmi nous. A plusieurs reprises, il fut condamné puis se rétracta, mais le doute emplit le cœur de beaucoup de croyants. Or l’Eglise catholique a toujours affirmé que lorsque Jésus dit : « Ceci est mon corps « , cette phrase n’est pas à entendre comme : « Ceci représente mon corps » ou « ceci est le symbole de mon corps », mais c’est bien le corps vivant de Jésus mort et ressuscité auquel nous communions.
Pour soutenir la foi de l’Eglise, Jésus va passer par Ste Julienne de Mont-Cornillon : elle a 5 ans quand elle perd ses deux parents. Avec sa sœur Agnès, elle est élevée par des religieuses près de Liège qui s’occupent d’une léproserie. Très tôt, Julienne va développer un grand amour pour Jésus présent dans le tabernacle. Elle va très souvent dans la chapelle pour y prier. À 16 ans, elle rêve pour la 1ère fois d’une énorme lune traversée en diagonale par une bande sombre : comme une cicatrice sur le visage d’une belle personne. Cette vision va se répéter plusieurs fois. Julienne comprend que la lune représente l’Eglise d’ici-bas et que la bande sombre symbolise l’absence d’une fête particulière en l’honneur du Corps et du Sang du Christ. Vers 1225, Julienne est élue prieure du couvent, et elle confie à son confesseur, le Chanoine Jean de Lausanne, la vision qu’elle a reçue. Ce dernier en informe les autorités ecclésiastiques, mais Julienne va beaucoup souffrir au sein de sa communauté et en être chassée. Elle meurt le 5 avril 1258, 6 ans avant que la fête qu’elle désire ne soit instituée par l’Eglise.
Comment Dieu va-t-il agir ? C’est dans la ville de Troyes en France, que nait Jacques Pantaléon au début du 13e siècle. Son papa est cordonnier. C’est lui que Dieu choisit pour concrétiser la vision de Julienne et instaurer la Fête-Dieu. Son parcours de prêtre l’amène à devenir archidiacre de Liège. C’est là qu’il entend parler de Julienne de Mont-Cornillon et de son désir de convaincre les évêques et les théologiens que l’Eglise a besoin d’une fête particulière en l’honneur de l’Eucharistie. En 1253, il est nommé évêque de Verdun puis patriarche de Jérusalem avant d’être élu pape en août 1261 sous le nom d’Urbain IV.
Le miracle eucharistique de Bolsena :
Durant l’été 1264, un prêtre de Bohême, nommé Pierre de Prague, célèbre la messe dans l’église Sainte-Christine à Bolsena. Bien que très pieux, il a parfois des doutes sur la réelle présence du Christ dans l’Eucharistie. Voilà qu’au moment de la consécration, tout à coup l’hostie apparait de façon très visible transformée en chair et tachée de sang, sauf la parcelle que le prêtre tient entre ses mains. Pierre de Prague se rend aussitôt à Orvieto où le pape Urbain IV réside durant l’été et lui montre le corporal, ce carré de tissus sur lequel l’hostie qu’il avait eu entre les mains avait abondamment saignée.
Plus tard, le pape, accompagné de saint Thomas d’Aquin et de saint Bonaventure, se rend à Bolsena afin de constater le miracle et le confirmer. C’est à la suite de cela qu’il décide, le 8 septembre 1264, d’étendre à toute l’Église la fête du Saint Sacrement aussi appelée Fête-Dieu car jusqu’à présent, cette fête était uniquement célébrée dans le diocèse de Liège. Le pape charge ensuite saint Thomas de rédiger la liturgie qui accompagne le document officiel qui institue la fête du Corps et du Sang du Christ. C’est à St Thomas d’Aquin que nous devons le cantique en latin du Pange lingua qui sera pris tout au long de la procession.
Comment allons-nous vivre cette procession ? Tout à l’heure après la messe, nous suivrons Jésus comme les foules de Palestine l’ont fait de son vivant. Nous essayerons de faire une belle procession, priante et joyeuse de la présence de Jésus au milieu de nous. Comme à Lourdes, où cette procession a lieu tous les après-midis à 16h, et où beaucoup de miracles ont eu lieu dans ce cadre-là, nous nous laisserons regarder par Jésus qui veut nous aussi toucher tout ce qui en nous a besoin d’être guéri, pacifié et béni. Et Nous lui demanderons de renouveler en nous la foi en sa Présence dans l’hostie consacrée.