17e dimanche du TO – A

 

Homélie 17e dimanche du TO – A

Rappel : Depuis près d’un mois, St Matthieu nous rapporte les paraboles que Jésus a prononcées pour montrer que malgré l’opposition que le message de la Bonne nouvelle rencontre, son message grandit dans les cœurs. Le Royaume de Dieu avance, la présence de Dieu progressent malgré les terres hostiles et malgré l’ivraie. Sa présence est aussi discrète et efficace que le levain dans la pâte du monde, et pour qui découvre Dieu, cette révélation devient un trésor et change une vie.

Aujourd’hui Jésus nous parle de différentes manières par lesquelles Dieu se révèle à nous et des attitudes qui l’accompagnent. Il y a d’abord le trésor caché dans la terre. A l’époque de Jésus, il n’y avait pas de banques. Pour protéger son trésor des voleurs et des soldats indélicats, il était d’usage de l’enterrer. Malheureusement, certains oubliaient l’emplacement de la cachette et d’autres mourraient sans avoir pu le transmettre. Ainsi quand un champ était racheté, il pouvait arriver qu’un trésor soit retrouvé. Dans cette parabole, Jésus n’indique ni qui a caché le trésor, ni sa valeur. Dans la Bible, quand un verbe est au passif cela sous-entend que c’est Dieu, qui en est l’auteur. Dans le livre de la Genèse, lorsque Jacob fuit la colère de son frère Esaü, il s’exile pour sauver sa vie et la nuit il a un songe. Il voit une échelle avec des anges qui montent et descendent et il entend Dieu lui parler. Lorsqu’il se réveille, il affirme : « En vérité, le Seigneur est en ce lieu ! Et moi, je ne le savais pas. » (Gn 28, 16)

Dieu est ce trésor caché dans notre existence qui choisit de se révéler au moment le plus opportun pour nous, parfois lors d’une épreuve ou quand notre vie nous semble gâchée ou tellement banale que nous ne nous attendons plus à rien. Essayons d’imiter l’agriculteur et le commerçant en nous laissant surprendre et en nous émerveillant quand nous rencontrons le trésor caché. Le paysan aurait pu ne pas prêter attention au bruit de sa bêche sur du bois. Il aurait pu ne pas se fatiguer en creusant autour pour la dégager l’objet. De son côté, le marchand de perles aurait pu se dire : « Une perle dix fois plus grosse et plus belle que toute les perles que j’ai déjà vues depuis que je fais ce métier, ça n’existe pas, elle doit être fausse ». Cela nous rappelle que beaucoup de personnes passent à côté d’immenses bénédictions. Elles vivent une existence en 2D (en géométrie : la surface), alors que Dieu voudrait leur faire découvrir la 3D (en géométrie : le volume). Elles passent à côté du trésor qu’est la foi, la connaissance de l’amour de Dieu ou de la vie éternelle. Elles passent à côté de la joie de faire un peu de bien en vue de la vie éternelle.

En temps normal, si vous trouviez un trésor dans un champ, vous feriez comme 99,99% des gens. Vous partiriez avec le trésor. Dans la parabole, c’est tout le contraire. La personne qui a trouvé le trésor le remet en terre et va acheter le champ. Quel sens est-ce que cela peut avoir ? Le champ dont parle ici Jésus évoque notre vie en ce monde et tous ceux que nous rencontrons ou qui nous sont confiés. Le fait d’acheter le champ est le rappel que Dieu nous invite à aimer la vie et à découvrir la beauté du monde dans lequel Dieu se trouve.

La deuxième cachette est celle du désir qui se trouve dans le cœur humain. Le négociant en perle fine est un homme qui a appris le goût des belles choses. Il n’attend pas chez lui que la perle unique lui tombe du ciel. Il se déplace, il compare. Parfois il a été déçu et peut-être même trompé par les joyaux médiocres qu’on lui a présentés. St Augustin écrivait : « Tu nous as faits pour Toi Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi ». Jésus, souvent dans l’Évangile invite ceux qu’ils rencontrent à nommer ce désir qu’ils ont au fond de leur cœur. « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Il est comme la femme hémorroïsse qui a rencontré des médecins incompétents et des charlatans avant de tomber sur Jésus : la perle de sa vie. Avec lui, son désir a été comblé.

La troisième cachette, c’est le filet. Quand on voit certains bords de mer, on ne s’attend pas à pêcher que de belles choses. Le filet ramasse tout ce qui s’y trouve : le bon et le mauvais, le précieux et les déchets. Parfois, nous serions tentés de faire le tri de notre filet nous-mêmes. Or l’exemple de vie de Mère Térésa de Calcutta nous montre que là où les gens défaitistes ou mondains ne voyaient que des détritus en ces enfants abandonnés, ces vieillards oubliés, ces femmes délaissées et ces existences cabossées, la religieuse voyait Jésus en ces pauvres. Ils sont devenus le lieu de la rencontre avec le Christ parce qu’elle avait accepté de ne pas faire le tri avant de se salir les mains. Jésus précise qua dans notre vie le tri se fera par les anges à la fin des temps, au soir de notre vie. Est-ce que nous pensons comment nous aimerions être trouvés au soir de notre vie ? Dans quelles dispositions intérieures ? Est-ce que toutes mes affaires auront été réglées, pas seulement sur le plan de la succession, mais aussi au niveau des pardons à donner et à recevoir ?

La sagesse du scribe : Il faudrait qu’au soir de notre vie nous soyons comme ce scribe qui arrive à sortir du neuf et de l’ancien de ce qu’il a reçu durant sa vie. C’est‑à‑dire : tiens, ça c’est neuf, c’est peut‑être une histoire très ancienne qui m’est arrivée, mais comme je la recueille aujourd’hui avec la sagesse que j’ai, j’y comprends comme une nouveauté pour moi, une sagesse. Et puis il y a d’autres choses qui seront du domaine de l’ancien, au sens où elles vont disparaître, que je ne vais pas garder. Tout au bout : la joie.

vient à la fin. Elle est au bout. Cette leçon est d’une grande douceur pour ceux qui peinent à ressentir quoi que ce soit. Et nous sommes nombreux. Nous vivons dans une époque qui a fait de l’émotion le critère suprême de l’authenticité. Si je ne ressens rien, c’est que je ne dois pas être à ma place. Les paraboles d’aujourd’hui nous ramènent à la terre ferme. La joie n’est pas un dû qu’on pourrait exiger en début de parcours. Elle est généralement présente au début pour nous montrer que c’est bien là que Dieu nous veut. Mais elle est surtout le fruit d’une fidélité qui accepte de marcher parfois dans la grisaille simplement parce que c’est cela suivre le Christ.