15e dimanche du TO – A – (parabole du semeur Mt 13, 1-23)

 

15e dimanche du TO – A (parabole du Semeur Mt 13, 1-23)

Frères et sœurs, après l’écoute de cette parabole, nous pouvons nous demander à quel terrain ressemble nos cœurs et nos vies ? D’emblée nous aimerions répondre que nous sommes comme la bonne terre qui produit 30 – 60 – 100/1. Mais notre auto-évaluation peut être trompeuse, restons prudents. Il y a des personnes comme st Charles de Foucauld, qui ont bien mal commencé, mais très bien fini et d’autres comme le roi Salomon qui avaient très bien commencé, mais qui ont très mal fini (cf. Siracide 47, 12-25). Cela signifie que tant que nous sommes sur terre, rien n’est jamais totalement perdu ou gagné. Jusqu’à notre mort, notre cœur peut produire des épis brûlés, étouffés ou du blé avec de belles tiges pleines de grains. C’est la raison pour laquelle l’Eglise, dans sa prudence, ne canonise jamais quelqu’un de son vivant.

1. Qui est le semeur ? C’est Dieu le Père, qui indistinctement « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5, 45). Mais Dieu passe aussi la nature, la recherche de la vérité, ou par des intermédiaires qu’Il place sur notre chemin. Le fait que le semeur soit sorti nous rappelle que Jésus a quitté le ciel pour venir sur terre et prendre notre nature humaine. Mais c’est aussi une invitation à ne pas rester entre nous et à éviter l’entre soi. Jésus n’a pas eu peur de se mêler aux infréquentables de la société de l’époque. Il parlait aux femmes de mauvaise vie, aux publicains, aux pécheurs, etc. Il avait en lui cette certitude que des choses merveilleuses peuvent jaillir d’une terre réputée stérile. Sur la croix, jusqu’à la dernière minute, il sème et récolte deux pousses magnifiques et inespérées : le bon larron et le centurion qui s’écrie : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu. » Même sur notre lit de mort, nous pouvons laisser une parole de vie d’une force incroyable à ceux qui nous accompagnent.

2. Regardons maintenant les différentes formes de terre : Les 4 types de terres représentent tout autant l’état de notre cœur que notre parcours de vie qui n’est pas toujours linéaire, avec parfois des périodes dans l’Eglise, sans l’Eglise, volontairement hors de l’Eglise ou parfois contre l’Eglise.

  • Le chemin : c’est le lieu où l’on est toujours en mouvement. Lorsque la graine tombe dans le cœur de quelqu’un qui est toujours agité, cela ne donne rien. La 1ère chose est donc d’arrêter de courir, de nous poser. Sans quoi, comment prendre le temps de voir ce que Dieu veut nous dire. Sur ce chemin, Jésus évoque la présence malfaisante des oiseaux du ciel qui représentent le diable. Satan est toujours en état de veille. Tant que nous ne nous sommes pas tournés vers Dieu, nous ne l’intéressons pas, puisque nous lui appartenons déjà d’une certaine manière, par notre passivité. Mais dès que nous commençons à ouvrir notre cœur au Seigneur, le démon cherche par tous les moyens à en retirer la graine de la foi.

  • Le sol pierreux : représente le cœur dont la sous-couche s’est endurcie à force d’avoir vécu des épreuves familiales, des échecs en amour ou des blessures d’abandon. En paroisse, nous faisons régulièrement l’expérience de personnes qui manquent de racines, qui sont touchées suite à un rassemblement à Lourdes, aux JMJ, à un parcours Alpha… ». Elles s’emballent sur le moment mais ne tiennent pas dans la durée. Elles se laissent submerger par leur emploi du temps ou d’autres priorités.

  • Les ronces représentent les soucis de la vie et l’amour des mondanités. Au IVe siècle déjà, St Hilaire de Poitiers (315-367), maître à penser de saint Martin, écrivait déjà, alors que l’empereur Constantin avait donné aux chrétiens la liberté de pratiquer leur religion et qu’ils n’étaient plus persécutés : « Quant à nous nous n’avons plus un empereur anti-chrétien, nous devons combattre un persécuteur encore plus insidieux, il ne frappe pas notre dos à coups de fouets, il nous caresse le ventre. Il ne nous confisque pas nos biens, mais il fait de nous des riches pour nous donner la mort. Il ne porte pas atteinte à notre liberté, en nous jetant dans les fers, mais il nous rend esclaves des invitations qui nous sont faites et des honneurs dans les palais. Il ne porte pas atteinte à nos corps, mais il prend possession de notre cœur. Il ne nous tranche pas la tête du plat de l’épée, mais il nous tue l’âme de ses deniers ». Bien souvent, dans les pays où les persécutions cessent, les séminaires se vident et on constate un effondrement de la pratique chrétienne.

  • Je rajoute une 5e sorte de terrain : les terres polluées : en 2018, pour les 100 ans de la fin de la Grande Guerre, j’avais visité la région de Verdun. J’étais surpris par ces forêts interdites au public parce que le sol était saturé de bombes. Bien des fois, j’ai pensé à l’Ukraine, le grenier à blé de l’Europe avec toutes ces terres agricoles qui devront être dépolluées et décontaminés. Aujourd’hui, il en est de même chez bien des catéchumènes ou des recommençants qui ont cherché ou vécu certaines pratiques dans le New Age ou l’ésotérisme. Chez eux aussi, il y a des consciences et des intelligences contaminées par une façon de concevoir Dieu, l’homme, les énergies, la création, la théorie du genre, le transhumanisme, les lois sur la fin de vie qui ont besoin d’être comme reformatées. Et cela prend du temps.

3. La bonne terre : Ne cherchons pas à nous comparer au niveau de nos appels, de nos conversions, de nos missions. Cherchons plutôt à nous réjouir pour chaque cœur qui s’ouvre. Il y a des personnes qui dès leur enfance, ont reçu le don de la foi et d’autres qui ont vécu des conversions fulgurantes ou des sortes de réveils après une vie spirituelle très moyenne, comme ste Thérèse d’Avila. Si tu es appelé à donner 30/1, ne donne pas 10. Si tu es appelé à donner 100, ne donne pas 50 ! Quel dommage si nous ne remplissions pas totalement notre vocation. Amen !