13e dimanche du TO – A – 2/07/2026

 

Homélie 13e dimanche du TO – A 2/07/2026

J’imagine qu’en entendant Jésus nous dire ce matin : « Celui qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi », cela a provoqué chez vous quelques picotements.

Pour comprendre Jésus, rappelons-nous qu’au 1er s. choisir le Xt, provoquaient des ruptures familiales. Les rabbins avaient introduit une 19e formule dans la prière quotidienne : la Birkat haMinim qui était une formule d’excommunication des juifs devenu chrétiens. Celui qui choisissait Jésus était non seulement renié par sa famille et chassé de la synagogue, mais il perdait aussi tous ses droits sociaux et économiques, y compris son héritage. C’est dans ce contexte qu’il faut entendre : « Celui qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ». Jésus ne demande pas de détruire la famille qui est sacrée. Quand nous assistons à un mariage, il nous arrive d’entendre le passage biblique : « l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et les deux deviendront une seule chair ». L’amour que Jésus demande à son égard est de l’ordre de l’amour conjugal. Vous qui êtes mariés, lorsque vous avez fait le choix de vous attacher à conjoint, vous avez quitté vos parents et vos choix de vie ne dépendaient plus d’eux, mais du nouveau lien que vous aviez contracté. En mettant la barre si haute, Jésus nous montre qu’il est un amoureux exigeant, il veut un amour exclusif, inconditionnel et sans demi-mesure.

Ceci nous oblige à réfléchir sur le sens que nous donnons au verbe aimer qui en français est un verbe fourre-tout : « le chat aime la souris », « l’été mon voisin aime rouler avec sa voiture décapotable », « Adrien et Juliette s’aiment : ils projettent de se marier l’an prochain ». Les Anglais distinguent deux verbes lorsqu’ils disent qu’ils aiment quelque chose (I like) et quelqu’un (I love). La langue grecque avec laquelle le Nouveau Testament a été écrit fait aussi la différence entre deux verbes : phileô et agapaô que le français traduit tous deux par aimer.

Le verbe phileô : Il désigne l’amour naturel qu’on peut avoir pour sa famille, mais quand ce verbe est mis dans la bouche de Jésus, il évoque un attachement négatif, le fait d’aimer le regard des autres : « Les hypocrites aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient » (Mt 6, 5). « Les scribes et les pharisiens aiment les places d’honneur dans les dîners, (…) ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi » (Mt 23, 6-7). Ces deux exemples, montrent que l’amour peut être narcissique. Sur les réseaux sociaux, les gens aiment faire des selfies, mettent des filtres pour paraître le plus joli possible et compter le nombre de likes. C’est une recherche de soi dans une société qui cultive le besoin d’être vu et reconnu.

Dans la famille il peut y avoir des rapports affectifs qui ont besoin d’être réajustés. Pensons à st François d’Assise. Les projets de son papa étaient d’en faire un chevalier couvert de gloire afin que la famille Bernardone soit anoblie. Suite à ce 1er échec, il décida de son faire de son fils son collaborateur pour faire prospérer son négoce de tissus précieux. Mais ce n’est pas cette voie que choisira François quand il décidera de suivre Jésus. Par opposition, on peut évoquer le père de sainte Thérèse de Lisieux. St Louis Martin s’est bien gardé d’interdire à ses filles l’entrée au couvent surtout à Thérèse qu’il aurait souhaité garder à ses côtés dans ses vieux jours. Cela signifie que parfois, en tant que parents, il y a des attaches humaines à vérifier et à purifier.

Le verbe agapaô exprime l’amour don de soi, qui peut aller jusqu’à donner sa vie pour l’autre. C’est l’amour agapê qui est à l’image de l’amour que Jésus a pour nous. C’est de cet amour dont parle l’apôtre Paul dans la 1ère aux Corinthiens, quand il dit : « L’amour prend patience, l’amour rend service, il ne se gonfle pas d’orgueil, il ne s’emporte pas, il endure tout. L’amour ne passera jamais » (1 Cor 13, 4-8). Si Jésus, puis Paul nous demandent de vivre nos relations fraternelles de cet amour-là c’est parce que l’amour agapê est plus fiable et plus solide. De plus, mettre Dieu à la première place dans toutes nos relations humaines, c’est éviter qu’elles ne soient déséquilibrées.

« Celui qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille plus que Moi n’est pas digne de Moi ». Tout amour humain suppose des remises en question, des élagages, des renoncements. Dans cette période de mutation des prêtres, Jésus pourrait questionner bien des paroissiens et des curés : « celui qui aime ses paroissiens ou son curé plus que moi n’est pas digne de moi ». Quand les choses nous coûtent, essayons de faire comme Ste Thérèse d’Avila. Lorsqu’elle fut nommée supérieure du monastère de l’incarnation, elle se retrouva à la tête de 300 religieuses qui ne voulaient pas d’elle comme supérieure. Lorsqu’elle entra dans la salle du chapitre où toutes les sœurs étaient présentes, elle arriva à sa stalle, sortit de derrière son scapulaire une statue de l’Enfant-Jésus et s’exclama : « Mesdames, voilà votre supérieur » ! Chacun de nous devrait réaliser que c’est l’Enfant Jésus qui devient le centre de notre vie, et si Jésus est notre supérieur, il nous aidera à vivre harmonieusement, je l’espère, les relations pour que, dans la société, dans la famille, dans les couples et dans une paroisse aussi, tout se passe bien.