Homélie du 23 e dimanche du TO A (Mt 16, 13-20)
Dans le livre de la Genèse, lorsque par jalousie, Caïn tue son frère Abel, Dieu l’interroge : « où est Abel ton frère ? » Et Caïn de répondre : « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9). La réponse de la Bible est « oui, je suis le gardien de mon frère ! ». Chacn de nous est concerné par l’épreuve que les autres vivent autour de nous. Lorsque les disciples ont interrogé Jésus parce que la foule avait faim, il leur a répondu : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14, 16). Aujourd’hui, les Juifs donnent le titre de « Justes », aux personnes qui durant la 2e Guerre Mondiale et ont été les gardiens des juifs persécutés.
Le contexte de l’évangile en saint Matthieu : au chapitre 18, Jésus parle de tout ce qui touche les causes de scandale dans la communauté et juste avant, l’extrait que vous avez entendu, Il raconte la parabole de la brebis égarée. Jésus nous associe personnellement à la réintégration des égarés, à protéger de la chute ceux dont nous avons la charge, et à relever ceux qui sont tombés. L’opération « sauvetage » qu’il nous propose par la correction fraternelle se présente en trois étapes : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul ».
Il y a donc une gradualité du reproche : « Va lui faire des reproches seul à seul ». Comme sur les camions ou les bus, nous avons tous des angles morts et il est bon que les autres soient pour nous des rétroviseurs fiables. Aussi, plutôt que de grincer des dents quand on nous fait une remarque, accueillons les corrections que nous recevons comme des bénédictions et des preuves d’amour surtout si la délicatesse est de mise. Mais cela suppose que ces personnes aient une conscience droite ou du moins le souci de cultiver leur conscience. Cela vaut bien mieux que des qualités plus brillantes : pensons à Ste Bernadette dont les parents ont dit : « elle ne nous a jamais menti ».
2e degré : « S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes » : Le fait d’en parler à une ou deux personnes est une prescription du Livre du Deutéronome, elle permet éviter l’arbitraire, de faire appel à d’autres pour vérifier le bien-fondé de l’interpellation. Dieu s’engage à donner le discernement « à deux ou trois personnes qui se mettent d’accord pour le lui demander ». Selon la parole de Jésus, Il se tient là au milieu de ceux qui se réunissent en son nom pour recevoir la lumière.
3e degré : « S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église » : s’il y a déni, mensonge ou autojustification, il faut élargir à toute la communauté. Si au final, c’est toujours le refus, on fait comme l’arbitre de foot : on sort le carton rouge afin de refuser le mal et son auteur.
Il s’agit donc de vivre une démarche de charité progressive et intra ecclésiale. Mais on ne peut utiliser la charité pour refuser de voir la vérité en face. On ne peut pas utiliser la charité pour refuser d’enquêter sur des faits ou pour refuser de sanctionner. La situation de l’Eglise dans certains pays où les autorités religieuses ont fermé les yeux nous fait regretter d’avoir tant tardé. Toute démarche de conversion est humiliante, mais elle est nécessaire pour porter du fruit et rayonner la vérité.
Les mauvais motifs pour ne pas faire une correction fraternelle :
• La peur d’attrister celui qui a besoin de cet avertissement. Mais un médecin hésite-t-il à dire à un patient ce qu’il doit faire s’il veut guérir ? De même, un véritable ami reste-t-il muet s’il voit son frère tomber dans un piège ?
• Il y a des personnes qui ne feront jamais une remarque à quelqu’un de manière à toujours pouvoir le critiquer.
• Pour d’autres, c’est souvent le cas dans le travail, si mon collègue commet toujours les mêmes erreurs et il ne progressera pas et je ne risquerai pas d’être dépassé. Il ne sera donc jamais meilleur que moi.
La nécessité de la prière : Si nous échouons en allant voir un frère c’est parce que nous n’avons pas prié ». La dernière phrase du passage n’est pas hors sujet. Si nous voulons retirer ce frère du mauvais chemin, il faut prier pour lui de façon à ce que nous soyons plus puissants à deux. La Vierge Marie disait à Fatima : « S’il y a des âmes qui vont en enfer, c’est parce que vous ne priez pas pour eux ». Si nous prions pour toute l’humanité, toute l’humanité sera sauvée. La prière est un acte d’amour, c’est un souci que de prier pour un être qui s’égare.
Demander la grâce d’avoir de bons amis et d’être pur eux de bons amis. C’est un vrai cadeau du ciel d’avoir quelqu’un de bienveillant, capable de nous faire des reproches parce que celui qui fait le mal se blesse lui-même.