Homélie du 22e du Temps Ordinaire A – chapelle du Sudel

 

22e dimanche du Temps Ordinaire A – chapelle du Sudel

Dimanche dernier, nous entendions la réponse que Pierre avait donné à Jésus quand celui-ci avait demandé à ses disciples « pour vous qui suis-je ? ». Pierre avait si bien répondu que Jésus lui avait dit : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise. » Comment se fait-il que Pierre qui avait tout juste est celui qui devient ce caillou qui pourrait faire chuter Jésus. Quelle est son erreur ? Normalement, le disciple se trouve derrière le maître. Or, si Jésus lui dit : « Passe derrière moi Satan », c’est Pierre prétendait mieux faire et mieux savoir que Lui.

Pierre nous ressemble. Dans la Bible, il ne prend de Jésus que ce qui l’arrange et il écarte ce qu’il n’a pas envie d’entendre. Au siècle dernier, Adolf Hitler avait fait de même. Quand il parlait de Jésus, il ne prenait de la figure du Christ que ce avec quoi, il pouvait s’identifier : les succès auprès des foules, les premiers disciples, les embûches surmontées, mais en aucun cas la souffrance et la croix.

Pourquoi Jésus n’a-t-il pas choisi la voie de la facilité et est-il allé jusqu’au bout de l’épreuve ? Tout simplement pour nous montrer que s’il refusait sa croix, nous pourrions douter de sa présence à nos côtés quand nous aurions besoin de lui. Alors que s’il va jusqu’au bout, nous aurons la certitude de sa présence quand nous aurons à affronter nos propres épreuves. Ici Pierre apprend que la qualité du disciple n’est pas de tout maîtriser mais de s’abandonner. « Prendre la croix et suivre Jésus » c’est renoncer à toute velléité de pouvoir et d’emprise. C’est accepter la logique du don y compris dans l’humiliation.

L’an dernier, je vous avais parlé d’un ouvrage rédigé par Guillaume ZELLER en 2015, « La baraque des prêtres ». L’auteur y raconte comment entre 1938 et 1945, 2710 prêtres, religieux et séminaristes furent déportés dans le camp de concentration de Dachau, près de Munich. Regroupés dans des blocks spécifiques, les « baraques des prêtres », 1034 d’entre eux y laisseront la vie au point que ce camp de concentration demeure le plus grand cimetière de prêtres catholiques du monde. Certains mourront de faim, de froid, de maladies, du travail harassant, des coups des SS et des kapos, ou d’expériences médicales.

Dans son message du 8 mai 2026, Madame Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants évoquait la « défaite des armes » et la « défaite de l’esprit », ainsi que la transmission de « la force morale » pour « Ne pas subir et ne pas céder ». L’abbé Henri WINTER dont nous faisons mémoire a fait partie de ces Français qui ont choisi « Ne pas subir et de ne pas céder » tant sur le plan patriotique que sur le plan spirituel.

Sur votre feuille de chants, vous avez l’image de Marcel Callo né à Rennes en 1921. Très jeune, sa foi va profondément marquer son agir humain. Après son certificat d’études, il devient apprenti typographe. Il est rapidement apprécié par sa hiérarchie pour la qualité de son travail et il a le souci de soustraire les nouveaux apprentis à la mauvaise influence des anciens. Une de ses devises est : « Apprendre à penser comme le Christ, à avoir la mentalité du Christ ». A 17 ans, il est choisi comme président de la section de la JOC. Mais bien vite, durant l’occupation ce mouvement de jeunesse catholique est interdit par les Nazis. Marcel le fait entrer dans la clandestinité sous couvert d’une « association sportive » !

En 1942, il fait la connaissance d’une jeune femme et tous deux projettent de se fiancer à l’été 1943. Mais le 8 mars 1943, suite à un bombardement allié, il retrouve le corps de sa petite sœur. Puis il reçoit sa convocation pour le Service du Travail Obligatoire, en Allemagne, afin de remplacer les ouvriers et les agriculteurs allemands mobilisés dans l’armée. Soit il prend le maquis avec des risques de représailles sur sa famille et sur son grand frère qui doit être ordonné prêtre en juin ; soit il quitte sa fiancée, la JOC et sa famille. Marcel décide de partir car il faut parmi ces jeunes français, des chrétiens qui les aideront à garder « cette force morale » pour « ne pas subir ». Il dira : « Ce n’est pas comme travailleur, que je vais là-bas. Je pars comme missionnaire ; il y a tellement à faire pour faire connaître le Christ. »

Le 19 mars 1943, Marcel est envoyé à Zella-Melhis pour le montage de revolvers lance-fusées. Les dix heures de travail debout sont éprouvantes. Sur place, Marcel décide de ne pas subir. Il organise des réunions secrètes avec les scouts et les jocistes disséminés dans les autres camps. Grâce à un prêtre qui s’exprime en français, les montagnes de Thuringe servent de maquis pour la messe du dimanche. Mais la Gestapo le surveille car il est strictement défendu d’apporter tout secours spirituel aux travailleurs civils du STO. Le 19 avril 1944, Marcel est arrêté au motif qu’il est beaucoup trop catholique. « Der Herr ist viel zu katolisch. Il est déporté à Mathausen en Autriche. Dans un camp annexe surnommé « l’enfer de l’enfer », Marcel continue de prier en cachette avec d’autres déportés. « Confiance, le Christ est avec nous…Faut pas se laisser aller ! Dieu nous garde. » Durant l’hiver 44, Marcel est miné par la dysenterie et la tuberculose. Le colonel Albert Tibodo qui a assisté des milliers de prisonniers à l’infirmerie dira au moment de son décès le 19 mars 1945 : « Je n’ai jamais vu nulle part chez aucun moribond (…) un regard comme le sien. Il avait le regard d’un saint qui exprimait une conviction profonde qu’il partait vers le bonheur ».

Une première vie de Marcel Calo est publiée en 1952 et rapidement traduite en allemand. L’Eglise ouvre une enquête dans les années 1960 et Marcel est béatifié par St Jean-Paul II en 1987. « Il révèle au grand public le destin sacré de ces catholiques arrêtés, déportés et morts pour avoir témoigné de leur foi dans les rangs du STO ». Marcel Callo n’a pas été le seul militant chrétien à payer le prix fort pour son engagement missionnaire pendant la Seconde Guerre Mondiale. L’Eglise a dénombré à ce jour 51 martyrs du STO arrêtés par la Gestapo et mort en déportation. Ils sont laïcs, fiancés, mariés, séminaristes, religieux ou prêtres comme l’abbé Henri Winter.

Que le buste du Christ souffrant réalisé par Joseph SAUR et offert par Pierre Schneider pour demeurer dans ce lieu de mémoire, nous rappelle que pour tous ceux qui croient à la vie éternelle, la souffrance et la mort sont un passage vers une vie meilleure.