18e dimanche du TO – A

 

Homélie 18e dimanche du TO – A

Nous avons tous un jour fait l’expérience d’éprouver le besoin de prendre un peu de temps pour nous poser après une épreuve. Dans l’évangile de ce dimanche, c’est initialement le souhait de Jésus qui vient d’apprendre l’exécution de son cousin Jean le Baptiste. Les circonstances de cette mort dramatique nous sont racontées par saint Matthieu au début du chapitre 14. Jean était la voix de la conscience d’Hérode. En effet, ce dernier avait pris pour épouse Hérodiade, la femme de son frère et par cet acte, il désobéissait à la Loi de Moïse et donnait un très mauvais exemple à ses sujets. Hérode avait de l’estime pour Jean, par contre Hérodiade le haïssait viscéralement. Lors son anniversaire, Hérode assista une danse envoutante et érotique exécutée par la fille d’Hérodiade. L’alcool associé au sentiment de toute-puissance qu’il avait ce jour-là devant ses invités, lui fit faire la promesse de lui donner jusqu’à la moitié de son royaume. L’adolescente chercha conseil auprès de sa mère qui lui fit immédiatement demander la tête de Jean le Baptiste. Malgré l’horreur de la demande, Hérode ne se sentit pas capable de revenir sur ses paroles. Il était lié par la promesse faite en public et fut obligé de faire ce qu’il désapprouvait dans son cœur.
Après cette disparition, Jésus pressentit que cette mort annonçait la sienne. Il eut besoin de solitude pour prier et réfléchir à la suite de son ministère. Dieu le Père ne lui parla pas seulement dans le silence mais aussi par les événements. Cette foule qui était attachée à Jean-Baptiste était elle aussi troublée par la nouvelle de sa mort. Elle cherchait auprès de Jésus soutien et réconfort et NS en fut profondément ému. Il ne fut pas contrarié d’être dérangé. Il s’oublia lui-même, et ne vit plus que la détresse de ceux qui affluaient vers Lui : « il fut saisi de compassion et guérit leurs malades ». Posons-nous la question sur nos réactions quand un projet tombe à l’eau parce qu’une personne qui a besoin de nous, vient nous déranger. Acceptons-nous de revoir notre programme ou sommes-nous aux abonnés absents ?
Comme le jour baisse, les disciples réagissent avec bon sens et exhortent leur Maître à renvoyer la foule. Mais Jésus parcourt du regard les milliers de visages tournées vers lui et Il va actualiser le passage du Psaume 144 que nous venons de lire : « Les yeux sur Toi, tous, ils espèrent : Tu leur donnes la nourriture au temps voulu ; Tu ouvres ta main : Tu rassasies avec bonté tout ce qui vit ».
Il répond donc aux disciples : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Face aux différents besoins que nous rencontrons, quelles sont les différentes nourritures dont nous disposons face aux faims de notre société. Parfois, l’argent est une solution, mais un don fait sans amour, sans un regard, sans une parole est un don bien pauvre. Autour de nous, des personnes souffrent du manque de reconnaissance ou de tendresse, elles espèrent un regard, un peu de temps donné, des paroles valorisantes, etc…
« Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Dans l’histoire de l’Eglise, ces paroles de Jésus ont inspiré bien des fondateurs d’Ordres religieux consacrés à l’exercice de la charité : saint Vincent de Paul, saint Don Bosco, ste Mère Teresa pour ne citer que les plus connus. L’apport des disciples est dérisoire, mais ces 5 pains te ces deux poissons sont nécessaires. Le pain est le symbole de nos besoins matériels. Chez les 1ers chrétiens, le poisson était le symbole de la foi. L’anagramme du mot poisson en grec (Ichtus) donne la phrase : « Jésus Christ, fils de Dieu, sauveur ». Le pain et le poisson peuvent représenter ici la nourriture et l’espérance : la faim biologique qui se calme par le manger et la faim spirituelle qui est comblé par le croire, la foi. « Tous mangèrent à leur faim et furent rassasiés ». Les foules étaient allées trouver Jésus parce qu’elles étaient blessées par l’assassinat de Jean-Baptiste. Et elles sont consolées. Nous voyons que le règne de Dieu avance malgré la présence de la violence (blé et l’ivraie).
« Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas / pour ce qui n’est pas du pain ? Pourquoi vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? » Beaucoup de personnes aujourd’hui dépensent des fortunes dans le développement personnel, des thérapies et des soins à la mode qui ne nourrissent pas de façon durable et qui au contraire laissent des traces spirituelles malsaines. « Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses » nous dit le prophète Isaïe dans la 1ère lecture. Les paroles de Jésus contenues dans la Bible sont une nourriture solide, un aliment pour notre intériorité et pour notre âme. Et en plus c’est gratuit nous dit Isaïe : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer ». Mais souvent ce qui est gratuit est douteux. Nous avons entendu dans ce récit plusieurs verbes qui nous font penser à la messe : « prendre le pain, lever les yeux au ciel, prononcer la bénédiction ; le rompre, le donner ». Ce parallèle avec l’eucharistie peut être une consolation pour les personnes en souffrance ou endeuillées, non pas quelque chose de magique, mais comme pour les disciples d’Emmaüs, l’accueil d’une présence de Dieu jusque dans nos peines et nos échecs. Les 12 paniers pleins rappellent le rôle que les apôtres et après eux les pasteurs de l’Eglise auront à assumer. Le miracle de la multiplication des pains devient alors une leçon spirituelle d’encouragement pour les disciples de tous les temps.