11e dimanche du TO – A ; 14 juin 2026

 

11e dimanche du TO – A ; 14 juin 2026

La chasuble verte que je porte aujourd’hui nous rappelle qu’après le temps pascal, et les trois grandes solennités de la TS Trinité, de la Fête-Dieu et du Sacré-Cœur nous revenons dans le temps ordinaire qu’on appelle le temps de l’Eglise. Nous reprenons donc le fil conducteur de l’évangile de St Matthieu que nous avions commencé à lire avant le carême. Pour situer le passage de ce jour, il est bon de regarder quelle a été l’activité de Jésus avant l’extrait que vous venez d’entendre. Auparavant, aux chap. 8 et 9, st Matthieu nous dit que Jésus a guéri un lépreux, puis le fils d’un centurion, la belle-mère de Pierre et de nombreux malades, il a apaisé une tempête, chassé les démons présents dans deux personnes, puis remis sur pied un paralytique, il a ramené à la vie la fille de Jaïre, guéri une femme qui avait des pertes de sang depuis 12 ans, rendu la vue à deux aveugles et enfin il a guéri un démonique muet. Tut ceci se trouve résumé par le v.35 : « Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant l’Évangile du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité » (Mt 9, 35). Face aux foules qui le suivent, Jésus est ému et profondément touché par la détresse des personnes qui sont là devant Lui. Mais au lieu de baisser les bras par désespoir ou défaitisme, il invite à prier et à demander à Dieu d’ouvrir le cœur de ceux qui seront appelés pour être envoyés.

Dans nos paroisses, nous faisons régulièrement l’expérience de certains manques : manque de choristes, de membres pour étoffer nos conseils de fabrique, de personnes pour nettoyer nos églises, de nouvelles catéchistes, etc. Parfois des idées germent ici et là : lancer un appel, mettre un mot dans le journal, mais souvent nous sommes déçus du résultat. Mais souvent, nous oublions d’imiter Jésus, de nous mettre à genoux devant le tabernacle pour que Dieu nous inspire les bonnes personnes à solliciter et nous devance pour ouvrir leur cœur !

Lundi dernier, j’ai eu la visite de deux TJ, dont l’âge tournait autour de 65 – 70 ans. Mon but n’était pas de chercher à les convaincre, car ils sont tellement formatés qu’il est très difficile de les faire changer d’avis. Mais je souhaitais connaître les motivations qui les animaient à faire du porte-à-porte, savoir pourquoi ils étaient entrés dans ce groupe religieux. Même si je n’approuve pas leurs doctrines, car ils ne sont pas chrétiens puisqu’ils ne croient pas en la Trinité, je les trouve quand même édifiants et plus courageux que bien des catholiques.
A la lumière de l’évangile, essayons de repérer ce qui fait la caractéristique d’un disciple missionnaire où Jésus l’entend.

« La compassion » : je suis réellement disciple missionnaire si j’éprouve de la compassion pour les hommes de notre temps. Et pour cela, i me faut voir avec les yeux de Dieu et non des hommes. Plutôt que de se dire, il n’y a personne dans nos églises, regardons tout le domaine du possible et posons-nous la question : « comment puis-je les rejoindre toute cette abondante moisson ? » Le disciple missionnaire agit comme si tout ne dépendait que de lui et pris comme si tout ne dépendait que Dieu. Il se tourne « vers le Maître de la moisson » pour bénir à l’avance toutes les personnes qu’il rencontrera ou que le Christ rencontrera par lui.

« Le disciple donne ce qu’il a reçu » : recevoir gratuitement pour donner gratuitement. Plus je vais recevoir de l’Eglise : la Parole, les sacrements, des autres, de la vie. Plus je vais recevoir, plus je pourrai donner.

« Être disciple missionnaire, c’est poser les actes du Royaume » :

• C’est guérir notre humanité malade et donner vie à ce qui est mort. Dans notre cœur d’hommes et de femmes, il y a beaucoup de maladies de l’âme qui s’installent : le manque de générosité, le besoin de briller à tout prix, la rancune tenace, la jalousie, l’argent roi, les différentes formes d’addiction, la mélancolie, la dépression, le découragement, les envies suicidaires …. Parmi les moyens à notre disposition pour les vaincre, il y a le pardon de Dieu, le sacrement des malades, la foi, l’espérance du ciel, (elle est malade dans son intelligence, dans ses désirs, dans son affectivité, dans sa mémoire, … : on a oublié les drames et on est prêt à les reproduire.

• Purifier les lépreux : c’est redonner, restaurer les personnes, celle qui vivent dans la honte et leur redire combien Dieu leur redonne leur dignité.

• Expulser les démons : la vérité qui chasse le démon du mensonge, l’amour vrai qui chasse les esprits impurs, le souci des autres qui chasse le démon de l’individualisme, de l’indifférence, l’existence réconciliée du pardon qui chasse le démon de la haine, de la rancœur.

• « Dans aucune ville des Samaritains ». Curieusement, Jésus met une limite à la mission. Dans un 1er temps, Jésus demande de ne pas aller vers ceux qui ne croient en rien. Plus tard, Paul, Barnabé, Timothée et d’autres se destineront à cela ! Mais pour l’instant, Jésus nous demande d’éviter ceux qui ont la foi apparemment, mais qui sont un peu confus dans leur esprit et qui suivent d’autres voies. Nous n’avons pas le temps de faire des joutes théologiques. Les brebis perdues de la maison d’Israël auxquelles Jésus envoie les Douze, ce sont tous nos voisins, tous nos amis, peut-être vos enfants qui sont baptisés et qui ne pratiquent plus, qui ne viennent plus à l’Eucharistie, qui ne connaissent plus la hauteur de leur baptême et qui se sont éloignés de l’Eglise. C’est vers eux qu’il faut aller. Ils sont légions, si nous ramenions à l’église tous ceux qui sont baptisés, nos églises seraient à peine suffisantes pour les contenir.

Petite anecdote : un homme a voulu changer le monde, mais le monde était trop vaste. Il a voulu changer son pays, mais il n’a pas su par où commencer. Il a voulu changer sa ville, mais sa ville ne l’a pas écouté. Il a voulu changer sa rue, mais sa rue s’est moquée de lui. Il a alors décidé de se changer lui-même et sa rue, sa vie, son pays et le monde ont commencé à changer.