Homélie Fête de la Très Sainte Trinité 2026
Le signe de la croix : J’ai insisté pour que nous fassions un beau signe de la croix au début de la messe, car ce geste est avant tout une prière qui nous met en relation avec le mystère de Dieu. Pour anecdote, rappelez-vous que, lorsque la Vierge Marie est apparue la 1ère fois à Lourdes à Bernadette, cette dernière voulut faire le signe de la croix, mais ne le put. Elle ne réussit à le faire que lorsqu’elle vit Marie se signer. Bernadette en gardera un souvenir qui restera gravé dans sa mémoire toute sa vie. Tous ceux qui la virent débuter ainsi sa prière, se souviendront de la beauté et de la gravité de ce geste. Chaque fois que nous faisons le signe de la croix, lorsque nous invoquons le nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, nous devons nous rappeler que toute notre vie est appelée à entrer dans l’amour du Père, la grâce du Fils et la communion de l’Esprit Saint.
La Trinité est une révélation progressive : ex du 1er chapitre dans le livre de la Genèse : Dieu – l’Esprit planait sur les eaux – la Parole de Dieu.
Dans la 1ère lecture, un Dieu qui dénote de ceux de l’Antiquité :
Nous sommes juste après l’épisode du Veau d’or. Dans sa colère, Moïse a cassé les 1ères tables de la Loi. Dieu lui demande de tailler deux nouvelles tablettes et de remonter sur le mont Sinaï où Dieu s’était déjà révélé au Buisson ardent et où les 1ères tablettes avaient été gravées. Dieu ne se lasse pas de l’homme, car après le péché du Veau d’or, Il redonne à Moïse les Dix commandements et affirmer son identité en proclamant Lui-même son nom : « LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. » Le fait que Dieu lui-même « proclame son nom » est notre garantie. Ce Dieu d’amour auquel nous croyons, ce n’est pas nous qui nous qui nous le sommes fabriqués sur mesure. C’est Dieu lui-même qui s’est révélé à nous !
Moïse a déjà une certaine expérience du peuple hébreu, inconstant et râleur. Il sait que Dieu aura fort à faire avec ces hommes et ces femmes sortis d’Egypte. « Oui, c’est un peuple à la nuque raide ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu feras de nous ton héritage. »
L’évangile : nous révèle cette pédagogie de Dieu qui se précise au fur et à mesure de la vie de Jésus. La 1ère personne à faire l’expérience de la Trinité dans le NT est Marie : Lc 1, 31-37 L’ange lui dit alors : « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; – Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. – Car rien n’est impossible à Dieu. »
Jésus va progressivement révéler le Père et Le St-Et. « Qui m’a vu a vu le Père », « Je suis dans le Père et le Père est en moi », « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet pour être avec vous à jamais, l’Esprit de vérité ».
La difficulté de comprendre le mystère de la Trinité est un argument en faveur de la vérité de ce mystère. Ce n’est pas parce que c’est compliqué à comprendre que ce serait une invention humaine. Lorsque l’on étudie de plus près les dieux romains, égyptiens ou grecs, il n’y a rien qui ressemble à la Trinité. C’est ce qui fait dire à certains théologiens qu’aucun homme n’aurait pu, de lui-même, imaginer un tel mystère. A la différence des Juifs et des musulmans, en tant que chrétiens nous sommes aussi monothéistes ; mais pour nous, dire que Dieu est unique, ne signifie pas dire qu’il est solitaire. Nous disons que « Dieu est amour ». Mais l’amour ne peut exister qu’entre deux personnes ou plus ; par conséquent il doit y avoir : quelqu’un qui aime, quelqu’un qui est aimé et l’amour qui les unit.
L’évangile de ce jour réaffirme que le projet de Dieu n’est pas d’être seul dans son ciel, mais de nous associer à son bonheur. « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ». Pensons à l’épisode du bon larron : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras en paradis » (Luc 23, 43) ou bien au passage où Jésus dit : « Je pars vous préparer une place » (Jean 14, 2-3). Rappelons-nous la phrase de Jésus : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jean 17, 3). La vie éternelle commence quand nous prions, quand nous entrons en relation avec Dieu.
La 2e lecture : Si nous avons compris que par le baptême, nous sommes devenus membres de cette famille divine et que nous sommes invités à vivre dans cette communion trinitaire, notre vie devrait normalement changer. On ne peut pas dire : « je connais le Christ » et continuer à vivre dans la peur face à l’au-delà. On ne peut pas non plus entrer dans l’unité de Dieu et continuer à semer la division autour de nous. C’est pourquoi saint Paul nous exhorte à être d’accord entre nous, à vivre dans la paix et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. Chaque fois que nous faisons la paix dans nos familles, chaque fois que nous pardonnons, chaque fois que nous brisons l’égoïsme nous rendons visible le Dieu trinité. Au cours de cette messe, nous pouvons demander que cette fête de la Sainte Trinité transforme nos familles, nos communautés afin que par notre unité et notre charité, le monde voit en nous le reflet du Dieu vivant.
Il leur lance un quintuple appel. A nouveau il les exhorte à tendre vers la pleine maturité spirituelle et à rester unis. Le mot pour « encouragez-vous » est la forme verbale du nom donné par l’apôtre Jean au Saint-Esprit quand il vient aux côtés du croyant pour le seconder et le soutenir dans ses difficultés quotidiennes. Les Corinthiens se doivent une entraide mutuelle, mais pour ce faire il est nécessaire qu’ils vivent en paix les uns avec les autres. Aux Philippiens, Paul écrit : Ne faites rien par rivalité, rien par gloire, mais, avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous (Philippiens 2.3,4; Auteur).
Versets 12-13
Je finis le chapitre 13 et la seconde épître aux Corinthiens.
Saluez-vous en vous donnant le baiser fraternel. Tous ceux qui, ici, appartiennent à Dieu vous saluent. Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous (2Corinthiens 13.12-14).
Ce dernier verset est trinitaire ; la grâce, l’amour et la communion, viennent des trois personnes de la divinité : le Fils, le Père et le Saint-Esprit, mais l’ordre est inhabituel. Cependant, pour l’homme pécheur, tout commence par la grâce du Seigneur Jésus-Christ qui lui accorde le pardon de ses péchés. On ne peut comprendre l’amour de Dieu sans la croix, et la seule communion durable entre les hommes est celle des pécheurs rachetés par le sang de Jésus. Dans le Nouveau Testament, cette formule trinitaire est la bénédiction des apôtres et surtout de Paul sur les croyants auxquels ils s’adressent. Pour ma part, j’apprécie quand un homme pieux me bénit; ce ne sont pas des mots creux parce que j’y crois.
« Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous ».
Conclusion (v. 11-13)
Le vœu et encouragement final de l’apôtre pour les frères (c’est-à-dire tous les croyants) à Corinthe résume encore, en cinq exhortations, ce qui leur manquait tant :
– au lieu de la jalousie, de l’irritation et des disputes, il leur fallait se réjouir dans le Seigneur (comp. Phil. 2 : 18 ; 3 : 1 ; 4 : 4) ;
– au lieu d’être spirituellement des petits enfants, ils devaient se perfectionner (ou : se redresser) ;
– ils devaient être ainsi consolés (comp. v. 9) ;
– l’apôtre leur souhaite d’avoir un même sentiment ;
– il désire qu’ils vivent en paix – un point sur lequel ils avaient justement tellement manqué (comp. 12 : 20).
Le souhait de l’unité de pensée se retrouve dans presque toutes les épîtres de l’apôtre Paul aux assemblées, ce qui nous montre d’une part l’importance pour la vie d’assemblée, mais d’autre part le constant danger de la désunion : Rom. 12 : 16 ; 1 Cor. 1 : 10 ; 10 : 16-22 ; 12 : 20-27 ; Eph. 4 : 1-3 ; Phil. 1 : 27 ; Col. 3 : 14-15). Si cependant ils demeuraient dans l’harmonie et la paix, le Dieu d’amour et de paix les conduirait en toutes choses, les fortifierait et les affermirait, ce qui était impossible dans l’état dans lequel ils se trouvaient (v. 11).
La salutation finale commence par le souhait que les croyants à Corinthe puissent se saluer les uns les autres « par un saint baiser ». Une telle salutation signifie plus que simplement tendre la main droite en signe de communion (comp. Gal. 2 : 9) ; mais pour pouvoir être l’expression de l’amour fraternel, il faut cependant que ce baiser soit saint, ce qui veut dire pur et sincère (v. 12). En signe de leur communion pratique, tous les saints en Macédoine faisaient saluer les croyants à Corinthe (v. 13). Bien que la plupart des croyants à Corinthe et en Macédoine ne se soient pas connus personnellement, ils exprimaient de cette manière leur unité en Christ comme membres de son corps par le Saint Esprit.
Le dernier verset, qui est devenu dans la chrétienté la « formule de bénédiction et d’adieu » habituelle termine cependant d’une manière très appropriée toutes les exhortations de l’apôtre dans cette épître. « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu, et la communion du Saint Esprit soient avec vous tous ! » (v. 13). Paul leur souhaite l’accompagnement de « la grâce du Seigneur Jésus Christ », dont il jouissait lui-même journellement si abondamment (comp. 12 : 9), « l’amour de Dieu », qui se manifeste non pas seulement à l’égard des pécheurs perdus, mais d’une manière si particulière envers ses enfants, et finalement « la communion du Saint Esprit », non pas la communion avec le Saint Esprit, mais la communion avec le Père, le Fils et les autres enfants de Dieu, qui ne peut être produite que par l’Esprit et est toujours caractérisée par lui.
D’après A. Remmers
Vous avez reconnu la première phrase que dit le célébrant au début de la messe. A elle seule, elle annonce tout le projet de Dieu, et le prêtre, parle ici au nom de Dieu. Ce que Dieu propose à l’humanité, en quelques mots, c’est d’entrer dans son intimité, dans le foyer d’amour de la Trinité.
La « grâce », « l’amour », la « communion », c’est la même chose ; le Père, le Fils, l’Esprit Saint, c’est la Trinité ; « La grâce de Jésus notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint », c’est bien le foyer d’amour que constitue la Trinité. L’icône de la Trinité est souvent représentée par trois personnages assis à une table qui se regardent mutuellement. Dieu est relation, communion. Mais au bas de la table, il y a un petit rectangle bleu qui signifie le cosmos et toute l’humanité. Dieu m’appelle à siéger à sa table.
Je voudrais maintenant terminer en vous parlant d’une jeune sainte française, canonisée le 2016 par le pape François : Elisabeth de la Trinité. Elle n’a vécu que 5 ans au Carmel de Dijon et est décédée à l’âge de 26 ans. A 7 ans, elle perd son papa. Parmi les moments importants de sa vie qui vont l’aider à vaincre son « terrible caractère » et son tempérament colérique, il y a :
• Sa première communion à 11 ans. Elle reçoit la grâce de se sentir habitée par le Christ. Ce jour-là, l’amour de Dieu remporte la pleine victoire dans son cœur.
• Quand une carmélite lui révèle le sens de son prénom : « Élisabeth, maison de Dieu. » Dès lors, sa vie est transformée : la violence qui l’habite n’a pas disparu mais elle est canalisée, orientée et elle n’a plus qu’un désir : rendre heureux son Dieu en rendant heureux tous ceux qui l’entourent.
Entrée au Carmel à 21 ans, Élisabeth reçoit le nom : Élisabeth de la Trinité. C’est, écrira-t-elle plus tard : « La maison paternelle dont nous ne devons jamais sortir. » Dans ses lettres, elle partage à ses amis, laïcs pour la plupart, la merveilleuse découverte : nous sommes tous appelés, tous aimés, tous habités par la Présence au fond de nous-mêmes. Nous devons régulièrement nous recueillir en présence de Dieu, pour devenir « louange de gloire » selon les mots de saint Paul (Ephésiens I, 11), et faire de notre corps le trône de la Très Sainte Trinité où celle-ci daigne venir habiter.
21 novembre 1904 au Carmel de Dijon, Sœur Élisabeth de la Trinité termine sa retraite, toute prise par une grâce qu’elle ne révèlera à personne, elle se met à écrire la prière : « Ô mon Dieu, Trinité que j’adore… ». Aujourd’hui, celui qui lit cette prière se trouve devant une évidence : Élisabeth vit de la présence de Dieu en elle, une présence vivante, agissante, aimante.
A sa sœur Marguerite qui était devenue maman, et qui allait faire baptiser la petite fille nouvellement née, elle écrira : « J’aimerais savoir l’heure du baptême pour m’unir à l’instant où la Trinité sainte viendra faire sa demeure dans ma petite nièce » ; elle écrira encore : « Je me sens pénétrée de respect devant ce petit sanctuaire de la Très sainte Trinité… Si j’étais à ses côtés, je m’agenouillerais pour adorer celui qui demeure en elle ».
En prenant conscience de la présence de Dieu en l’autre, nous devrions mieux vivre les relations parfois difficiles entre parents et enfants, au sein du couple ou avec notre entourage.